Syndrome de l’imposteur : Quand le manque de confiance en soi et la méconnaissance de soi nous saborde.


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J’ai eu le plaisir d’être interviewée par Jules Collignon de Emlyon Business School et de répondre avec enthousiasme et passion à ses questions pertinentes sur le syndrome de l’imposteur.

Bonne lecture à tous et

Merci à Jules pour l’intérêt qu’il porte à mon travail et à la retranscription de notre entretien ci dessous.

Peut-être pourriez-vous commencer par vous présenter ?

Oui tout à fait, je suis Céline David-Nillet, je suis psychologue et bien d’autres choses encore. Je suis passionnée par tout ce qui a trait au bien-être et à la santé. J’ai donc fait d’autres formations comme professeure de yoga, professeure de méditation ou encore consultante en nutrition santé pour avoir une approche très complète et globale de chaque individu. Je suis également psychologue du travail et experte en psychologie positive.

Ca fait donc une palette assez large ! 
Pour rappeler l’objet de cet entretien, je sollicitais votre avis de professionnelle sur la question du stress en entreprise, et notamment le stress provoqué par une mobilité verticale ascendante, qui touche aussi à la notion de syndrome de l’imposteur. Je vous invite à me dire si vous êtes d’accord avec cette définition : le syndrome de l’imposteur est induit par le fait que l’ascension hiérarchique est vu comme un succès. Or dans un environnement ultra-compétitif, cette ascension peut vouloir dire « j’ai été meilleur que les autres ». On se demande comment une personne qui doute d’elle-même ou qui surestime les autres peut bien accepter cette idée.

Tout à fait. Dans ce que vous décrivez il y a vraiment cette comparaison aux autres, ce manque de confiance en soi, ce manque d’estime qu’on retrouve dans le syndrome de l’imposteur et même un manque de légitimité.

Avez-vous déjà observé ces problématiques de syndrome de l’imposteur et de stress dû à une mobilité professionnelle ascendante en tant que psychologue ?

Pas forcément liés à la mobilité en entreprise mais en effet j’ai déjà eu le cas de personnes qui ont souhaité rétrograder tant la pression qu’elle s’infligeait elleS-mêmes était pesante. 
Le syndrome de l’imposteur est un phénomène que l’on retrouve beaucoup chez les cadres. Soit après une ascension, soit directement après les études.

Avez-vous déjà constaté ce syndrome hors du cadre de l’entreprise ?

Oui tout à fait. Hors cadre de l’entreprise on ne parle pas nécessairement de syndrome de l’imposteur même si les caractéristiques sont similaires. Par exemple dans la parentalité. Des parents qui ont le sentiment de ne pas être à la hauteur, de ne pas être légitimes. Et puis l’absence de légitimité au travail quand elle existe, on la retrouve aussi dans d’autres aspects de la vie de l’individu.

Les facteurs de stress lors d’une ascension professionnelle ?

Une plus grande charge de travail, de nouvelles responsabilités, une réorganisation professionnelle qui peut impacter l’organisation familiale.
Une Rémunération plus importante. 
Une Casquette de dirigeant pas toujours assumée auprès des anciens collègues.

Les responsabilités et la nouvelle charge de travail sont-elles des facteurs de stress importants ?

Oui, sachant que si la personne accepte cette promotion elle devra passer plus de temps dans l’entreprise. Mais entre le savoir et y être confronté il y a un gap. Et puis les attentes de la hiérarchie peuvent être plus importantes et dans le syndrome de l’imposteur on retrouve la peur de décevoir.

Comment prévenir un stress trop important lors d’une ascension professionnelle ?

Je miserais beaucoup sur la fiche de poste : savoir à quoi on s’engage, quelles sont les nouvelles fonctions, missions, tâches. Savoir aussi si c’est un poste qui s’est libéré ou s’il a été créé pour connaître la charge de travail auprès de l’ancien occupant dans le premier cas. Connaître tous les tenants et aboutissants en somme.

La personne peut-elle être victime d’euphorie et donc d’aveuglement face à ce qui l’attend vraiment dans le nouveau poste ?

Cela dépend des personnalités et c’est ici que tout se joue. Une personne plus objective et lucide, notamment vis-à-vis des changements potentiels dans sa vie personnelle (sentimentale, familiale), sera moins à même de souffrir de ce syndrome. L’important est de peser les choses en amont de la promotion.

A quels moyens la victime de stress important peut elle recourir en cas d’ascension professionnelle ?

Il faudrait savoir à quoi est lié le stress ; à l’organisation avec sa famille par exemple. Auquel cas il faut trouver un équilibre. C’est souvent d’ailleurs une question d’équilibre. Connaître donc l’origine du stress et en fonction de cela trouver des solutions pour y remédier. Sinon évidemment pratiquer la méditation pleine conscience, la respiration abdominale, alternée ou la cohérence cardiaque , une activité sportive et réaliser quelques postures de yoga sont des outils Pour lesquels la science a prouvé l’efficacité contre le stress …

Et en consultation ?

Là aussi il faut essayer de comprendre d’où vient exactement le stress. Cela peut passer par une introspection sur ce que la personne a vécu, sur des réminiscences du passé, et bien entendu par des actions concrètes pour diminuer le stress.

Partie davantage centrée sur le syndrome de l’imposteur.
Quand est-ce que douter de soi devient un problème ?

Je dirais que c’est quand on bascule dans l’épuisement professionnel avec un risque de burnout, d’idées noires et de passage à l’acte. Quand cela se transforme en syndrome anxiodépressif.

Quels sont les facteurs qui prédisposent au syndrome de l’imposteur ?

Pour vous répondre avec ma sensibilité et mon expérience, je pense que c’est clairement une question d’identité et de confiance en soi. Une personne qui sait véritablement qui elle est et qui a confiance en elle sera moins tributaire du regard des autres et peu importe ce qu’on attend d’elle, elle sait qu’elle sait le faire. Une personne qui s’ignore et qui manque de cette précieuse confiance en soi, peut se perdre en choisissant des voies par défaut et en devenant ce que les autres veulent qu’elle soit, Conflit interne entre le moi et le surmoi (ce que la personne est et ce que les autres veulent qu’elle soit).
Si c’est sa « mission de vie » d’être promue, tout va bien. Sinon, elle est en dissonance et cela peut l’impacter fortement.​
Pour résumer l’identité, la confiance en soi, la connaissance de ses valeurs personnelles et l’épanouissement (donner du sens à ce que l’on fait) sont les ingrédients qui préservent du syndrome de l’imposteur.

Comment faire pour se connaître ?

Pour vous répondre, en tant qu’experte en psychologie positive, je vous conseille le test VIA survey sur les forces du caractère développé par Martin Séligman (un des pionniers de la psychologie positive) qui permet de connaître ses forces et faiblesses, et ses valeurs.

Comment repérer le syndrome de l’imposteur ?

Essayer de comprendre en consultation d’où viennent les symptômes anxio-dépressifs et s’il viennent principalement du travail. Et en amont, pour le prévenir, repérer le manque de confiance en soi et de légitimité. Une personne ne peut pas avoir confiance en elle si elle ne sait pas qui elle est, et elle sera plus susceptible d’accepter des choses qui ne lui ressemblent pas.

Je parlerais ici de comorbidité. C’est un cercle vicieux et l’un peut engendrer l’autre.

Le stress favorise-t-il le syndrome de l’imposteur ou est-ce l’inverse ? Ou y a-t-il comorbidité ?

Le plus efficace serait donc de travailler sur la confiance en soi, l’estime de soi ?

Tout à fait. C’est cela que l’on appelle développement personnel, ce à quoi on devrait tous s’intéresser dans notre vie. Ainsi on en apprend davantage sur soi, sur sa vie, sur ses aspirations.
Dans certains cas, les livres de développement personnel ne suffisent pas, il est alors opportun de consulter un psychologue.

Ne faut-il pas apprendre à la personne à bien s’attribuer les mérites ?

Il faut changer notre rapport à l’échec. Les livres de développement personnel peuvent y aider. L’échec est une expérience riche d’enseignements. Dyson a fait environ 3500 essais (donc échecs) pour faire de son aspirateur un des meilleurs sur le marché. Donc gratifions l’échec et non seulement la réussite.